La Terre vue de l’espace, une vision pour changer le monde – Orbs #1

La terre paraissait petite, bleue, claire, si attendrissante, si esseulée. C’était notre demeure, et il fallait la défendre comme une sainte relique elle était absolument ronde. Je crois que je n’ai jamais su ce que le mot « rond » signifiait avant d’avoir vu la terre depuis l’espace.
Alexei Leonov, Union Soviétique, 7 jours dans l’espace

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Le 7 décembre 1972, l’équipage Apollo 17 photographiait pour la première fois la Terre en entier. Cette image nous a fait entrer dans l’âge de la conscience planétaire. Certains ont même connu une expérience quasi-mystique à son contact : les astronautes. Touchés par la grâce de l' »overview effect », ils nous livrent un message capable de nous conduire vers le prochain stade de notre évolution.
Au moment où l’humanité se heurte aux limites de notre planète, l’image de la Terre vue depuis l’espace peut encore nous permettre de changer le monde. La quête qui a abouti à cette photo fut l’une des plus belles aventures humaines et plonge ses racines au moins jusqu’à l’Antiquité. Si l’on attribue à Pythagore l’idée d’un monde sphérique, Socrate d’après ses propos rapportés par Platon dans Phédon, fut le premier à évoquer l’allure que pourrait la Terre vue depuis l’espace.
(…)
A l’ombre d’un bâton
La vision de Socrate survint à une époque où l’humanité ne comptait qu’une centaine de millions d’individus et où les préoccupations globales, propres au XXe et XXIe siècle, n’existaient pas. Socrate peut donc être considéré comme un lanceur d’alerte. Pour confirmer cette intuition et la partager avec tous les hommes, il fallut plus de deux millénaires de progrès et de découvertes.
La première étape dans cette prise de conscience fut de donner une taille à notre monde. Si Pythagore avait raison et que la Terre était bien ronde, elle devait avoir une dimension finie. Celle-ci fut calculée pour la première fois au IIIe siècle avant notre ère par Eratosthène, géomètre, astronome et troisième conservateur de la bibliothèque d’Alexandrie. A partir de la mesure au solstice d’été de l’ombre d’un bâton, à Assouan et à Alexandrie, il déduisit que la circonférence de notre planète était de 39375 kilomètres, soit une erreur de seulement 2% par rapport à la valeur connue aujourd’hui. Pour les hommes de ce temps, dont la connaissance du globe était encore très partielle, ce chiffre demeurait considérable et ne changea pas leur rapport au monde. 
La première circumnavigation réalisée par l’équipage de Magellan, bien plus tard au début du XVIe siècle, prouva le caractère fini de notre planète, mais dans l’inconscient collectif, trois ans de voyage, c’était encore proche de l’infini. A cette époque, la population mondiale avoisinnait les 500 millions d’individus. les humains n’avaient qu’une emprise modérée sur les ressources de la planète qui paraissaient toujours inépuisables. Il n’y avait aps encore d’urgence à accéder à une conscience planétaire. 
 
Pour changer durablement les esprits, il fallait s’élever au-dessus du sol et montrer la Terre d’en haut. Les débuts de l’aérostation, à la fin du XVIIIe siècle, combinée un peu plus tard avec l’introduction de la photographie permirent de rapporter les premiers clichés de la Terre, mais celle-ci restait désespérément immense et plate. En 1935, l’expédition Explorer II, montée par l’US Army AIr Corps et la National Geographic Society dévoila un cliché pris à 23 kilomètres d’altitude mais l’angle vertical de la prise de vue ne permit pas de montrer la rotondité de notre planète.
A cette époque, nous étions déjà deux milliards et surtout nous maîtrisions parfaitement les énergies fossiles qui nous ont conféré une force d’extraction et de transformation jusque-là inédite. Les grands équilibres de la Terre commençaient à être sérieusement mis à l’épreuve. Pourtant même si les guerres étaient déjà mondiales, aucun individu ne pouvait à cette époque prétendre avoir une conscience planétaire. Le besoin commençait pourtant à devenir pressant.
 
Cent kilomètres d’altitude
La perception de l’allure de la Terre ne fut vraiment possible qu’en 1946 lorsque les Américains décidèrent de placer une caméra sur une fusée V2 saisie auprès des nazis et testée depuis la base de White Sands, au Nouveau Mexique. En 1948, pour la première fois, un montage réalisé à partir de plusieurs photos prises par des V2 à 100 kilomètres d’altitude permit de montrer, en noir et blanc, l’allure qu’aurait un pan de la Terre pour un visiteur extraterrestre.
Ces images d’origine militaire eurent quelques répercussions médiatiques, mais le cliché de la Terre entière, le seul qui prouverait définitivement notre appartenance à un petit monde, manquait toujours.
En 1948, sir Fred Hoyle, le célèbre astronome anglais, eut à son tour une vision prémonitoire proche de celle de Socrate : « Lorsque l’on disposera d’une photographie de la Terre prise depuis l’espace, quand le complet isolement de la Terre deviendra évident, une nouvelle idée, plus puissante qu’aucune autre dans l’Histoire, sera libérée. »
C’est Stewart Brand, l’un des piliers du mouvement de contre-culture américain, qui provoqua, en 1966, l’étincelle décisive.
A cette époque, la population mondiale frôlait les 
quatre milliards d’individus et les blessures commises sur Gaïa se multipliaient à un ryhme sans précédent. L’homme percevait la Terre comme plate et infinie, il fallait impérativement que l’humanité accède à une conscience planétaire. Pour changer notre conception du monde, il fit imprimer des badges avec le slogant : « Why haven’t we seen a photograph of the whole Earth yet ? » qu’il distribua sur les campus californiens aux dirigeants du monde, mais aussi aux dignitaires des principales agences spatiales.
 
Lever de Terre
Le 24 décembre 1968, l’équipage d’Apollo 8, qui débouchait de la face cachée, prit un cliché unique : un croissant de Terre suspendu au-dessus de la Lune. Ce cadeau de Noël fit le tour du monde et la une de tous les journaux. Le caractère inerte et hostile de la Lune tranchait avec la beauté de notre globe suspendu dans l’immensité noire. A l’heure où les humains partaient à la découverte du Système solaire, c’est la Terre, notre maison, que nous découvrions. Une petite planète bleue dont nous étions les intendants et que nous malmenions.
Cette image baptisée Earthrise, fournit alors l’impulsion et la vision planétaire qui manquaient aux mouvements écologiques naissants. En1969, les amis de la Terre étaient créés, en 1970, c’était le tour de l’Environment Protection Agency, en 1971 Greenpeace voyait le jour. L’année 1972 fut à son tour marquée par l’organisation de la premièer conférence de l’ONU sur l’homme et la biosphère et la publication du rapport Meadows sur « Les Limites de la croissance ». Sans Earthrise, l’écologie globale n’aurait jamais pris son envol et l’humanité n’aurait pas eu de corde de rappel pour arrêter la destruction du monde.
Mais le cliché de la Terre entière prise par des hommes tardait toujours. Le miracle survint le 7 décembre 1972 lorsque la mission Apollo 17, la dernière vers la Lune, quitta la Terre. Pour la première fois depuis le début du programme lunaire américain, les conditions d’alignement entre notre planète et le Soleil permirent que le disque terrestre soit entièrement illuminé. La vision recherchée depuis vingt-cinq siècles vit le jour. Nommée Blue Marble (La Bille bleue), elle est devenue l’image la plus reproduite de l’histoire de la photographie.

Sa beauté simple, intemporelle, pénétra le coeur des hommes. Tous découvraient une image qui ne faisait pas partie de notre patrimoine et de notre génome, et qui était pourtant notre maison. C’était la quatrième blessure narcissique, après celles infligées par Copernic, Darwin et Freud. L’humanité ne serait plus la même. Cette découverte eu même un effet encore plus profond et totalement nouveau sur une petite classe de privilégiés : les astronautes. Leur expérience est peut-être encore plus importante que le cliché de la Terre. Partis militaires ou scientifiques, une grande aprtie des cinq cents astronautes revinrent poètes, grands humanistes et défenseurs de la planète.

 

earth_rise
 
Overview effect
(…)
 
Un siècle bleu ?
Après Blue Marble, tout est devenu global : l’écologie, la politique et aussi l’économie. L’humanité  commença à se prendre en main pour adopter un mode de gestion de la planète radicalement nouveau, mais le chantier était de grande ampleur. Après des décennies le pouvoir de cohésion de cette image s’estompa, les liens entre les hommes se desserrèrent et ils perdirent le sens de cette vision.
A la fin du XXème siècle, où la population humaine s’approchait des six milliards d’individus…
Dans plusieurs millénaires, on se rappellera peut-être du XXIème siècle comme du siècle bleu, celui où l’humanité était parvenue à vivre en harmonie avec sa planète. La vision de la Terre depuis l’espace, étonnante bouée de sauvetage lancée par la Providence au moment où nous en avions le plus besoin, est là pour nous aider à réussir cette métamorphose.
 
Extraits d’un article écrit par Jean-Pierre Goux

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Wakam Tanka, le cercle sacré

5gfigge3On ne peut pas parler de Dieu, il doit être vécu. Un vieux sage lakota l’a résumé admirablement : « Tout ce qui bouge maintenant comme alors, ici comme là, marque des arrêts. L’oiseau arrête son vol en un lieu pour faire son nid, et un autre pour se reposer de dans son parcours. Un homme en voyage s’arrête quand il veut. Ainsi Dieu s’est arrêté. La lune, les étoiles, le vent, il s’y est aussi arrêté. Les arbres, les animaux ont tous surgi où il s’est arrêté et l’Indien pense à ces endroits et y envoie ses prières, pour atteindre les endroits où Dieu s’est arrêté et y gagner son assistance et une bénédiction. »

Un matin, les étoiles palissaient dans le ciel, quand nous arrivâmes au corral. Le souffle des poneys restait suspendu au-dessus de leurs têtes, dans le froid pur de cette aube de janvier.  En éparpillant le fourrage, mon ami, Dan Spotted Eagle me montra du geste l’étoile du matin, Vénus, qui brillait intensément : il me dit que nous les humains venions des étoiles , et que les étoiles donnaient une chanson spéciale à chacun de nous ; cette chanson nous connectait avec toute la nature, et avec Wakan Tanka. Mais il fallait devenir humble pour entendre cette chanson  et suivre la « voie indienne », le Chemin de Vie qui nous relie à tout ce qui existe. Ainsi que le rappelle Joseph Epes Brown : « Nous devons toujours marcher d’une manière sacrée. Chaque pas posé sur Notre Mère la Terre devrait être comme une prière. »
Nous repartîmes vers son ranch, le crissement de nos pas sur la neige chantant dans le silence.

Savoir s’arrêter, savoir marcher
extrait de Question De Nature (p69), par Patrick Cicognani

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bleu comme la mer, rouge comme le sang et le blanc de la paix et de l’équanimité

Nice, promenade des anglais
Tant de fois arpentée, en roller et à pieds,
Fabron, Lenval, Magnan, Gambetta, le Negresco, Westminster, Ruhl, Jardin Albert 1er, le vieux Nice…
Negresco, Gambetta, Magnan… dans le sang

15 juillet, je reviens de Fabron
arrêt pour un thé vert sur la plage
face à la mer
dans mon dos, Ste Hélène et les petits pas de maman, jusqu’aux derniers, tout en coquelicot écarlate
face à moi, une promenade déserte, fermée à la circulation, peu s’y aventurent
le calme, le silence, le no man’s land
je tends mon bras gauche et la mort est juste là, sous ma main
tristesse

la promenade des anglais redevient baie des anges

j’inspire
et suis toute entière envahie par un profond sentiment de paix,
et de profonde humilité
ressenti similaire à celui éprouvé à Ground Zero, en lieu et place des Twin Towers

j’expire et envoie dans cette drôle de noosphère l’amour universel et inconditionnel que l’on ressent dans ces moments de dépouillement extrême

un coquelicot encore
aux fragiles pétales

coquelicot

Ecrire. Ecrire !
Quelque chose de procrastinatoire dans ma non-écriture.

fitzgerald

Et Fitzgerald à nouveau à ma porte. Cette fois, je plonge. Tendrement, dans la nuit de sa vie. Et j’y entends l’écho de mes origines, je vois mon père dans le miroir de son écriture, je le reconnais dans les reflets lie de vin de son alcoolisme mondain, se détruire sciemment, tellement consciemment. Evidemment.
Après les vignes varoises et mon grand-père, Dick et mon père.
Me voilà face à ma lignée masculine.
J’y suis, sans aucun doute, à la lumière jungienne, c’est une facette qui m’appartient et que je suis en train d’intégrer.
La vie à affronter, ma vie à prendre en main. Sans couardise ni fausse modestie. Assumer, avancer.
f-scott-fitzgerald

Petit Prince, Prophète et enfant souverain (et non pas roi !)

IMG_0574Cela fait deux jours que la lune tape à la fenêtre. J’ouvre. Elle entre. Je m’allonge sous sa lumière vive et blanche. Je me laisse imprégner de ses rayons, autant que possible. Ils semblent être autant d’aiguillons qui viennent piquer de-ci de-là, ravivant et mettant à nu tout ce qui traîne là.

Alors, j’ai fini par craquer, je suis allée me préparer mon sacro-saint thé matinal et j’ai pris mon ordinateur au passage. J’ai ajouté une bûche dans le feu et ai fermé la porte du poêle, car l’emballement ici semble général, et j’ai regagné mon antre, ma mezzanine.

Le sujet qui me préoccupe en ce moment est l’éducation. Education, est-ce le mot juste ? Je bois une longue gorgée de thé chaud, le feu crépite dans le tuyau du poêle. L’éducation est, étymologiquement, l’action de « guider hors de », c’est-à-dire développer, faire produire. Et on entendrait plutôt aujourd’hui « les moyens et les résultats de cette activité de développement ». J’aime bien la notion de « guider hors de ». Hors des sentiers battus, hors des chemins tous faits, des autoroutes, du costume taillé par… l’éducation justement. Mes voeux, cette année, finissaient ainsi « le meilleur pour chacun sur son chemin ». Une co-choriste m’a même dit, l’oeil vif et le front resserré, « tu sais que je t’en ai presque voulu ! Tu m’as perturbé avec tes voeux. C’est quoi au juste mon chemin ? »
Et j’aime bien aussi la notion de développement, même si ce n’est pas forcément le mot le plus approprié. Un ami me faisait justement remarquer, il y a plusieurs années déjà, sur une route qui descendait, de Digne je crois, qu’il manquait un verbe en français, qui serait « s’expandre ». Et je crois qu’effectivement, ici, il serait plus adapté ici que développer.

Et comme l’écrit avec force et détermination Khalil Gibran dans Le Prophète, nous ne savons pas ce qui est bon pour nos enfants.

Khalil Gibran – Le Prophète – les enfants
E
t une femme qui portait un enfant dans les bras dit,

Parlez-nous des Enfants.
Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance
pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie;
Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable.

 

moutonEt tout en même temps, je pensais au Petit Prince. Antoine de St Exupery relaie le même message : l’adulte ne sait pas dessiner le mouton que lui demande le Petit Prince, il en est d’ailleurs bien énervé, c’est difficile pour un adulte plein de certitudes de reconnaitre qu’il ne sait pas. Ce dont le Petit Prince a besoin c’est simplement d’une boîte, une boîte qui lui permettra de créer son propre mouton, un cadre qui servira de support à son imagination. Car ce mouton, il n’appartient qu’à lui. Et lui seul saura le dessiner, tout au long de sa vie. Ce mouton là, il devra croquer les pouces de baobab et aimer les roses.

Alors voilà, la proposition, elle est simplement là, donner une boîte, un environnement et un cadre, dans laquelle nos enfants pourront commencer à expérimenter, à s’essayer… à s’expandre, si bien même que nous aurons à redessiner la boîte ensemble… et ainsi de suite.

to be continued

Culture sur brûlis

Je viens de raviver le feu dans l’âtre, simplement, en dégageant les braises de la veille, recouvertes par les cendres, et en soufflant, à peine. Puis je suis retournée dans ma mezzanine, mon mug de thé à la main, j’ai ouvert la fenêtre.
Le jour levant entre dans la pièce avec ses mille et un chants d’oiseaux.
Et tout en même temps, j’entends le feu, son souffle puissant et ses crépitements qui se hissent jusqu’ici par le conduit.

feuEt dans mon corps, tout pareillement, la vie et le feu, puissants, me poussent de l’avant. Les verrous sautent, les uns après les autres, je les sens.
Les familiaux, les « attaviques » notamment.
Un cri ! Un réveil, une rébellion. Ca suffit !
Retrouvons l’énergie de nos ancêtres, liée à la terre et à l’eau, au éléments et à la guérison.
La culpabilité destructrice portée par nos pères ne doit plus passer par nous. Nous pouvons plus que cela mais nous sommes empêchés. Rallumons le feu, vidons nos caves et nos greniers et brûlons ce qui y a été enterré dans la honte, brûlons notre non-légitimité, notre manque de confiance, notre frilosité et avançons !

Plantons des ceps sur ces terrains arides et desséchés et faisons croître de nouveaux sarments.

vigneBientôt la pulpe des nouveaux fruits entre nos doigts,
pressée à pieds nus
et mise en fûts.
Le sang de la terre coulera à nouveau dans nos veines, finissant de nous relier, présent, passé,
et nous enivrant de vie remplie et de légèreté retrouvée.

 

Le monde s’ouvre et les patates poussent en coeur

Avez- vous remarqué comme chaque jour a son caractère propre ? Certains renferment une forte énergie guerrière. D’autres semblent être dans l’étonnante connexion au monde et à la nature, chaque chose est alors à sa place, tout est relié, dans une inégalable unité. Et parfois, rien ne va. C’est le chaos le plus complet. La seule chose à faire est d’accepter.

Les Mayas ne s’y étaient pas trompés et leur calendrier Tzolk’in est étonnant de concordance.

Aujourd’hui est un jour où l’espace s’ouvre, largement. L’horizon est large et lumineux. Mon corps semble s’étirer librement, alors que je marche jusqu’au village.

imageLe monde est clair, presque autant que ce soir sous la lumière lunaire. Des sourires francs s’échangent avec les gens. De vrais regards qui justifient à eux seuls cette sortie.

Et sur les rives de la Brague, le premier papillon de l’année…

imageMême mon panier de légumes s’y met, entre carotte et patate.

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Le dormeur doit se réveiller

chanson-de-nuit-du-rossignol4h du matin. Vacarme intérieur. Bruit extérieur. Pas moyen d’y résister, je sors des dunes embrumées de la nuit. Des pensées diffuses, confuses traversent mon esprit, dans un demi-sommeil, une semi-conscience. Je me décide à me lever et ouvre la fenêtre de ma mezzanine.
La nuit pénètre dans la pièce, dense de sérénité et de vie. Je l’inspire.
Et avec elle, le chant du rossignol. Ou plutôt, le chant des rossignols. Ils sont deux. Ils se répondent. Le premier est juste là. Le deuxième est plus loin. Son chant, en écho, crée la profondeur, l’espace. L »impression de participer à un moment privilégié, un concert public, oublié, devenu privé.
C’est en Grèce que j’ai appris que c’était sa mélodie qui habitait les nuits. Là-bas, sous les montagnes bulgares, on n’hésite pas à sortir la nuit, pour aller l’écouter.
Mais voilà le coq qui s’en mêle.
Tout s’emmêle, les saisons et les levers de soleil. N’est-il pas un peu tôt, messieurs les oiseaux, pour annoncer le printemps et le lever du jour ?
Les oiseaux savent, et leur chant est en harmonie avec la nature dans laquelle ils vivent.

L’homme occidental a lui aussi été un animal vivant au rythme de la nature. La preuve en est des fêtes et des rituels qui nous restent. La Saint Jean par exemple, au solstice d’été, pour bénir les moissons et les maisons… Ou les chants de mai, pour fêter le retour du printemps, dans le comté de Nice, le chant du rossignol notamment (les paroles en niçois et français sont là).

Sortir et humer l’air. Le printemps est là. Le rossignol ne se trompe pas. Sortir et écouter, les bruits de la nature qui, à peine endormie, se réveille déjà. Sortir et s’ouvrir. Se laisser habiter, imprégner, des odeurs, des sons, de la sève qui monte de la terre. Sentir cette force qui prend tout et invite à l’action. Mais pas n’importe quelle action. L’action attentive. L’action alignée. L’action en lien.

 

A la recherche du temps perdu sur l’île de St Honorat -22 septembre

imagePas de cloche de jardin à 4h10 ce matin. Les chuchotements dans le couloir ont servi de réveil matin. Le corps se règle vite. Et je dois avouer que cela me convient plutôt bien.

Se lever dans la nuit étoilée au rythme des vagues, se rendre dans la paix de l’église et chanter les psaumes du jour, rentrer dans la chaleur de sa cellule, et écrire ou prendre le temps de se poser et de se questionner. Mais, au fait, quoi d’aujourd’hui ? Quoi de demain ? Pourquoi ? Quelles peurs ? Quelles attentes ? Quelle quête ? Et quoi derrière ? Prendre le temps, et sentir la vie gonfler ses veines.

8h55 J’ai rendu ma chambre, et grignote mon crusti-matin dans le parc du monastère, accompagnée de mon fidèle Thermos, empli de mon constant thé vert-maté-citron du matin. Chez moi et au boulot, tous connaissent mon sachet vert du matin. J’ai peu de rites, celui-ci en est un. Pendant les Laudes (7h45), je me disais que vraiment, ce n’était pas une vie pour moi. Je suis trop ivre de liberté. Alors oui, il faut un cadre et des contraintes, ils sont nécessaires au plein épanouissement et à l’expérience de la liberté. Mais ce cadre prend trop de place pour moi. Les offices sont sans arrêt revenues et elles durent facilement 1h. L’idée de pauses imposées dans la journée, à heures fixes, est par contre intéressante. Elles donnent un rythme. Juste avant la pause, on s’empresse de boucler ce que l’on était en train de faire. Ces petites plages de temps libre demandent à chacun une réelle réflexion et une organisation personnelle stricte. Je veux aller lire au monastère fortifié, sur la terrasse construite par l’actrice propriétaire des lieux au XIXeme siècle, à l’emplacement de l’ancien dortoir,  comme hier. Je dois être revenue dans 1h… Je dois prendre ma douche avant les vepres de 18h30 car ensuite tout s’enchaîne jusqu’a 21h (vêpres, repas, complies), petite ballade et dodo.

S’extraire du monde, à des temps donnés de l’année. A chaque passage de saison par exemple. Et tout poser. Les vagues l’emmèneront. Tout lâcher au vent. Faire de l’espace. Se sentir vaste au dedans, grand, géant. Prendre une grande inspiration. Et s’en retourner sur le continent. Plein d’espace et de grand air, de chants et d’étoiles, de silence et de vie.

Demain, ce sera l’équinoxe d’automne. Prendre le temps de la vie et des cycles de la nature. Les nuits aussi longues que les jours, vos nuits aussi belles que vos jours. Comprendre comment les hommes ont construit leurs calendriers et leurs règles autour des observations, puis des lois, astronomiques.

Et tout oublier. Le temps des Dieux et le temps des hommes, le temps des machines et le manque de temps. Tout jeter à la mer, le laisser se dissoudre, et se  rencontrer au détour d’un chemin ou d’un temps de silence. Laisser les feuilles tomber (amoureux des feuilles mortes, ce n’est pas ici qu’il faut venir. Végétation purement méditerranéenne et persistante) et les graines entrer en terre.

Ici même, où l’espace a été fait, où les graines ont été laissées, de nouvelles merveilles germeront…

En rendant ma clé tout à l’heure, j’ai d’ores et déjà posé une option pour dans 3 mois, jour pour jour. Du samedi au mardi. Le passage à l’hiver, juste avant Noël.

 

 

A la recherche du temps perdu sur l’île de St Honorat – 21 septembre

imageCela fait un moment que cela me trotte dans la tête, aller faire quelques jours de retraite chez les moines cisterciens de l’île de St Honorat. Cet été après la semaine passée à St Salvien, c’est devenu une nécessité : expérimenter dans mon corps le rythme des journées dicté par la règle de St Benoît, coupées en 7, et non plus hachées par nos 24 heures.

J’ai proposé deux week-ends différents au frère hôtelier, sachant que 3 semaines avant la date ciblée, il ne faut pas être trop exigeant. Ok pour le week-end du 19-20 septembre. Ce que je n’avais pas vu en réservant, c’est la concordance de ce week-end, précisément, avec les journées du patrimoine.

En temps normal, 22 moines sur l’île et au maximum, 60 résidents. Quelques touristes tous repartis avec le dernier bateau. Dimanche, 1200 personnes sur l’île ! Ils arrivaient par fournées de 190 sur les bateaux des moines. J’ai finalement été inclue dans le groupe de bénévoles qui faisaient visiter les monuments. Une organisation géniale et des gens tous aussi adorables les uns que les autres. Une chouette expérience. Par contre, pour la retraite, il faudra repasser, elle a pris un coup dans l’aile !

Je vais finir de vous faire rire, car mon seul jour complet est aujourd’hui, lundi, puisque je repars mardi en début d’après-midi, et le lundi, et bien, les horaires sont décalées et deux des sept offices sautent.

Bref, vous l’aurez compris, il va falloir revenir !

Magnifique journée encore aujourd’hui, d’une pureté sans précédent. Pas un nuage, grâce au mistral de fin de semaine dernière. La mer, bleu vif, l’Esterel rouge flamboyant et les contours d’une netteté sans pareil.

La journée commence avec un lever de soleil incroyable. Les auréoles orangées de lumière éclairaient le ciel bien avant son apparition.

image image imageLa journée commence en fait à 5h30 (le lundi, on gagne 1h, les autres jours, c’est à 4h30. Et puis, je suis là pour expérimenter, alors, pas question de sécher !) avec les Vigiles. Puis lever du soleil. Puis les Laudes. Messe de fête, à 11h en l’honneur de St Matthieu, un des quatre grands écrivains de l’époque. Bouquinage dans l’agréable jardin de l’hôtellerie. Déjeuner vers 13h. Et là, le vide intersidéral. Plus rien jusqu’à 18h30 !! Alors je pars avec mon bouquin sous le bras. Et pas n’importe quel bouquin s’il vous plaît. Histoires du temps de Jacques Attali. Passionnant ! Et pas dans n’importe quel endroit. Le monastère fortifié et sa terrasse ensoleillée sur la mer.

imageimageJe joins quelques extraits. Il est l’heure pour moi de dormir. Car, la cloche du jardin est abondamment sonnée à 4h10 pour être sûr que nous serons bien là à 4h30.

Bonne nuit ! Après les Complies de 20h15, le salve Regina chanté dans la nuit devant la statue de la vierge à l’enfant, seule éclairée et la bénédiction (bouquet de buis et aspersion d’eau).

Histoires du temps

En Occident, au tout début du Vème siècle, se développent des couvents. Et d’abord le premier, fondé à Lerins, sur une petite île au large de Cannes, connaît une grande prospérité et fournit beaucoup d’évêques à l’Eglise des premières villes. Certains des abbés des premiers monastères, tel Jean Cassin, insistent sur les dangers de l’éremétisme, et présentent le travail manuel comme le meilleur remède contre la vanité.
(…)
Un moine, qui deviendra Benoît, édicte les règles de fonctionnement générales, valables selon lui partout dans les monastères. Îlot de paix, utopie d’un mouvement perpétuel aux activités réglées par un instrument de mesure du temps, le monastère, en affichant sa vie à l’extérieur, devient alors lui-même une immense horloge à l’usage du monde. Sa réussite est exceptionnelle. En deux siècles, il fait battre l’Europe entière à son rythme et impose une nouvelle façon de compter les heures et les jours, ainsi que de nouvelles dates où circonscrire la violence. (…)
« La règle de St Benoît exclut la surprise, le doute, le caprice. A l’insécurité du monde, il oppose la discipline, la prévisibilité. » Contre le bruit de l’histoire, Benoît propose le silence et le chant. Un calendrier très rigoureux, dans l’année et le jour, gère la vie de chacun. Les douze mois de trente et trente et un jours restent divisés selon le calendrier romain et gardent les mêmes noms. Mais les heures changent et sont nommées du nom des prières. Il n’y en n’a plus 24 mais 7. Les offices dont ainsi décrits dans la règle : « le prophète a dit : sept fois le jour, j’ai chanté vos louanges. Nous remplirons nous-même ce nombre sacré de sept, si le matin à Prime, à Tierce, à Sexte, à None, le soir et à la fin du jour, nous acquittons le devoir de notre service ; car le prophète, parlent de ces heures de la journée, a dit : je vous ai loué sept fois le jour. De même au sujet des Vigiles de la nuit, le même prophète a dit : je me lèverai au milieu de la nuit pour vous louer.